C’est un sujet que j’aborde très souvent en rendez-vous lorsque j’accorde vos pianos : l’humidité de l’air et son influence sur votre instrument.
L’hygrométrie est en effet un facteur particulièrement important pour la bonne conservation d’un piano. Elle influence directement la tenue de l’accord, mais également le comportement des nombreux matériaux qui composent l’instrument : le bois bien sûr, mais aussi les feutres, les colles, l’acier…
Un piano est donc particulièrement sensible aux variations d’humidité de son environnement.
Mais que se passe-t-il réellement lorsque l’air est trop humide ou, au contraire, trop sec ?
Qu’est-ce que l’hygrométrie ?
L’air contient une certaine quantité de vapeur d’eau.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, plus la température est élevée, plus l’air peut contenir d’humidité sous forme de vapeur !
La quantité d’eau contenue dans l’air constitue ce que l’on appelle l’humidité absolue.

L’humidité relative, quant à elle, correspond au rapport entre la quantité d’humidité réellement présente dans l’air et la quantité maximale que celui-ci pourrait contenir à une température donnée.
C’est pour cette raison qu’une même quantité d’eau dans l’air peut donner des mesures d’humidité relative différentes selon la température.
L’humidité relative est mesurée à l’aide d’un hygromètre.
On en trouve aujourd’hui à des prix très abordables, et il peut être particulièrement intéressant d’en placer un dans la pièce où se trouve votre piano afin de surveiller régulièrement les conditions auxquelles il est exposé.
Quel est le taux d’humidité idéal pour un piano ?
Il n’existe pas forcément une valeur unique valable pour tous les instruments et toutes les situations.
Dans nos régions, on peut généralement considérer qu’une humidité relative comprise autour de 45 à 60 % constitue une plage adaptée, avec surtout un objectif essentiel : éviter les variations importantes et répétées !
La stabilité de l’environnement est en effet au moins aussi importante que la valeur mesurée à un instant donné.
Un piano exposé alternativement à un air très sec puis très humide sera beaucoup plus instable qu’un piano évoluant dans une atmosphère relativement stable.
Pourquoi le bois du piano est-il sensible à l’humidité ?
Le bois est un matériau hygroscopique.

Cela signifie qu’il est capable d’absorber une certaine quantité d’eau présente dans l’air, puis de la restituer lorsque les conditions environnementales changent.
Lorsque l’humidité augmente, le bois absorbe de l’eau et peut légèrement gonfler.
Lorsque l’air devient plus sec, il restitue cette humidité et se rétracte.
Ces variations peuvent sembler minimes à l’échelle d’un meuble, mais elles deviennent particulièrement importantes lorsqu’elles concernent les différentes pièces d’un piano.
La table d’harmonie et l’humidité
Dans le piano, l’un des éléments particulièrement sensibles est la table d’harmonie.
Celle-ci constitue une grande surface de bois sur laquelle sont notamment fixés les chevalets, qui servent de points d’appui aux cordes.
Lorsque l’humidité augmente, la table d’harmonie peut légèrement se déformer et se bomber encore plus (car oui, la table d’harmonie est galbée au moment de sa fabrication, afin d’accentuer ses propriétés acoustiques… ça pourrait être l’objet d’un nouvel article!).
Les chevalets sont alors poussés vers le haut, ce qui augmente la tension des cordes et peut entraîner une élévation du diapason.
À l’inverse, lorsque le bois perd de l’humidité, la table d’harmonie se rétracte et le phénomène inverse peut se produire : la tension des cordes diminue et le diapason baisse.
C’est notamment pour cette raison qu’un piano peut se désaccorder au fil des saisons.
L’humidité influence-t-elle l’accord du piano ?
Oui, et parfois de manière très importante.
Les variations d’humidité entraînent des mouvements du bois et donc des modifications de la tension exercée sur les cordes.
Le résultat est directement perceptible lors de l’accord : un piano soumis à de fortes variations hygrométriques aura tendance à être moins stable dans le temps.
C’est également une des raisons pour lesquelles un piano peut sembler bien accordé après le passage de l’accordeur, puis avoir déjà évolué quelques semaines plus tard lorsque les conditions climatiques changent.
L’accordeur ne peut évidemment pas empêcher les lois physiques de s’appliquer au piano, aussi doué soit-il !
En revanche, une bonne maîtrise de l’hygrométrie permet de limiter considérablement ces variations.
Trop d’humidité ou pas assez : quels sont les risques ?
Un taux d’humidité inadapté peut avoir des conséquences sur de nombreux éléments du piano.
Lorsque l’air est trop humide
Un excès d’humidité peut notamment provoquer :
- le gonflement de certains éléments en bois ;
- des perturbations dans les réglages mécaniques ;
- le gonflement des feutres ;
- une augmentation des frottements au niveau de certains axes ;
- l’oxydation des cordes et des pièces métalliques ;
- une dégradation progressive de certains matériaux.
Le toucher peut alors devenir moins fluide et certaines touches ou certains éléments de la mécanique peuvent réagir différemment (les fameuses touches qui bloquent à certains moment de l’année et pas d’autres).
L’humidité peut également favoriser l’oxydation des cordes, ce qui peut contribuer à l’apparition de faux battements et modifier progressivement la qualité sonore du piano.
Lorsque l’air est trop sec
Un air trop sec n’est pas davantage souhaitable.
Le bois peut perdre une partie de son humidité, se rétracter et devenir plus fragile.
À long terme, cela peut notamment favoriser l’apparition de fentes dans la table d’harmonie ou certains désordres structurels.
Les périodes de chauffage intense en hiver sont particulièrement propices à une baisse importante de l’humidité relative dans certaines habitations.
Là encore, le problème n’est pas nécessairement une valeur ponctuelle, mais plutôt une exposition prolongée à des conditions trop sèches.
Où placer son piano pour limiter les variations d’humidité ?
Le premier levier sur lequel il est possible d’agir est tout simplement l’emplacement du piano.
Il est vivement déconseillé de placer l’instrument à proximité d’une source de chaleur ou d’un élément susceptible de provoquer des variations importantes de température :
- radiateur ;
- cheminée ;
- fenêtre ;
- chauffage soufflant ;
- chauffage au sol, lorsque cela peut être évité.
Je conseille également, lorsque cela est possible, de privilégier un mur intérieur.
Les murs donnant directement sur l’extérieur ou sur un garage peuvent être plus froids, ou plus chaud si le soleil tape, et favoriser des conditions moins stables.
Il faut également éviter l’exposition directe au soleil.
Cela permet de limiter les variations thermiques, mais également de protéger certains éléments de finition du piano, comme le polyester ou les touches.
Comment protéger son piano d’une humidité trop importante ?
Lorsque l’air est trop humide, plusieurs solutions peuvent être envisagées.

Dans les régions particulièrement chaudes, un climatiseur peut jouer efficacement le rôle de déshumidificateur en condensant une partie de l’humidité présente dans l’air.
Dans les régions moins chaudes, un déshumidificateur peut également être utilisé.
Il faut toutefois tenir compte du bruit généré par ces appareils, notamment lorsque la pièce est utilisée régulièrement pour jouer du piano.
L’objectif n’est pas de transformer la pièce en laboratoire climatique, mais de retrouver des conditions relativement stables et adaptées à l’instrument.
Comment humidifier une pièce trop sèche ?
Le problème inverse peut se présenter, notamment pendant les périodes de chauffage intense.
Lorsque l’air est trop sec, l’utilisation d’un humidificateur d’air peut permettre de rétablir un niveau d’humidité plus favorable.
Un humidificateur ultrasonique constitue notamment une solution relativement accessible pour une pièce dans laquelle le manque d’humidité n’est pas extrême.
En revanche, je déconseille fortement les anciennes pratiques consistant à placer directement un récipient d’eau dans ou sur le piano ! Je déconseille très fortement…
Il est éventuellement possible de placer un récipient d’eau à proximité d’un radiateur, mais l’effet restera limité et difficile à contrôler.
Le plus important est de mesurer l’humidité avec un hygromètre et d’agir progressivement.
Vous avez un doute sur l’environnement de votre piano ?
Si votre piano se désaccorde rapidement, si le toucher a changé, si certaines touches commencent à être moins régulières ou si vous constatez des traces d’oxydation, l’environnement hygrométrique peut être un élément à prendre en compte.
Lors d’un accord ou d’un entretien, je peux également vous aider à identifier les facteurs susceptibles d’influencer le comportement de votre instrument.
Je me déplace en Mayenne (53), Sarthe (72), Maine-et-Loire (49), Ille-et-Vilaine (35) et Orne (61). Contactez moi si vous souhaitez échanger sur le sujet !

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