Pourquoi certaines notes « s’accordent » naturellement : les partiels coïncidents

Quand deux notes sont jouées simultanément au piano, il ne se passe pas seulement la rencontre de deux fréquences fondamentales. Chaque corde produit en réalité toute une série de partiels qui participent à la couleur du son (Cela vous dit quelque chose? Non? N’hésitez pas à prendre connaissance de mon article sur l’inharmonicité).

Dans le registre des mediums, les premiers partiels sont particulièrement présents et certains peuvent tomber exactement sur les mêmes hauteurs lorsque deux notes forment un intervalle dit « consonant ».

Prenons un exemple simple. Si l’on joue un do et un sol simultanément, certains partiels de ces deux notes se superposent. Le troisième partiel du do correspond à la même hauteur que le deuxième partiel du sol. Cette coïncidence n’est pas un hasard : elle découle d’un rapport de fréquences simple (dans ce cas, 3:2), typique des intervalles consonants. Lorsque ces partiels coïncident, le résultat est une sensation de stabilité et d’accord naturel à l’oreille.

Ce phénomène explique en grande partie pourquoi certains intervalles semblent plus « propres » que d’autres. Plus il existe de correspondances entre les partiels des deux notes, plus l’intervalle paraît consonant (« juste » à l’oreille). À l’inverse, lorsqu’il n’y a pas de superposition nette, les partiels proches mais non identiques créent des battements perceptibles, donnant une impression de tension ou d’instabilité (la dissonance…).

Pour l’accordeur ou pour toute personne attentive à la justesse, ces coïncidences jouent un rôle fondamental. Elles servent de repères auditifs : lorsque les partiels correspondants se stabilisent (plus ou moins…), l’intervalle sonne de manière claire et équilibrée. Comprendre ce mécanisme permet d’affiner l’écoute et d’appréhender plus concrètement la construction sonore du piano.

En pratique, cela signifie que l’accord ne repose pas uniquement sur la comparaison des notes fondamentales, mais aussi — et souvent surtout — sur l’interaction de leurs partiels. C’est cette architecture invisible du son qui donne au piano sa richesse et qui guide l’oreille vers une justesse perçue comme naturelle. 

Néanmoins, il est a noté que le travail de l’accordeur est encore plus complexe que le fait d’isoler deux partiels et les accorder de façon parfaitement juste (sans battement)… En réalité, un système de « tempérament » s’applique, duquel il résulte que certains intervalles sont accordés avec des battements bien précis entre certains des partiels des notes qui le composent… Même certains intervalles qui sont sans battements dans le medium (on pense aux octaves par exemple), se retrouveront « étirés » dans l’aigu ou dans le grave du fait de l’inharmonicité du piano… Je suis peut être allé trop loin…

Rassurez-vous !  Malgré cette complexité théorique, vous allez pouvoir continuer à apprécier le son de votre piano ! L’oreille humaine, instinctivement, porte son attention sur certaines paires de partiels, rendant le tout « harmonieux » à écouter.


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